Cet opéra novateur fut le premier grand succès de Mozart qui mettait en scène l’abdication d’un roi en faveur de son fils au moment même où il se dégageait de la tutelle de son père.
"Un dieu, un père, un prince : où chercher la liberté ? La guerre est terminée. Laquelle ? La guerre de Troie – toujours elle. Mais les drames appellent les drames, la peur tue. Le roi de Crète Idomeneo a combattu aux côtés des Grecs et navigue victorieux vers son pays. Lorsqu’une tempête effroyable semble ne laisser aucun espoir de survie, Idomeneo, s’accrochant à un ultime recours, invoque Neptune et lui promet le sacrifice de la première personne qu’il croisera, s’il aborde sain et sauf à ses terres. La mer s’apaise soudainement. En posant le pied sur la plage, Idomeneo distingue une silhouette qui s’approche… il n’est pas certain… il plisse les yeux sous le soleil… c’est bien lui… c’est son fils. Et voilà la machine tragique qui s’emballe à nouveau. Elle emporte avec elle un grand chœur, un monstre marin semeur de terreur et comme une bourrasque soulevée par le dieu des mers, tout le XVIIIe siècle et ses vieilles machines d’opéra. Artifices qui commencent à rouiller, Mozart le voit bien. Le jeune Mozart n’est justement plus si jeune ; nous sommes en 1781, il a vingt-cinq ans et le cœur prêt à oser. Il signe avec ce premier opéra de la maturité une œuvre réflexive, circonspecte et tout à la fois libératoire. Sa mère vient de mourir et son père l’a sommé de rentrer de Paris afin de reprendre son poste à Salzbourg. Le Prince-électeur de Bavière lui commande un opera seria, genre très codifié, et choisit un sujet hérité de la tragédie lyrique française, puisant dans la mythologie grecque. L’autorité impose, Mozart dispose. Visionnaire, il modernise la forme en floutant l’alternance de récitatifs et d’airs et en composant des ensembles habituellement réservés au style bouffe : duo, trio et grande nouveauté, quatuor. L’opera seria respire. On hume les premiers effluves de l’ouragan romantique qui va bientôt chavirer l’Europe. Sandra Pocceschi et Giacomo Strada offrent un spectacle ténébreux où les voix aiguës des solistes sont les lumières d’un monde sombre et brutal. " Nathalie Gendrot
Dates and times
| 25 March 2022 | 00h00 à 20h30 |
| 27 March 2022 | 00h00 à 14h30 |